RAWA-RUSKA

 

RAWA-RUSKA (aujourd'hui RAVA-RUSSKAYA) est une localité située en Galicie, sur le territoire de l'Ukraine, ex-république soviétique de l'U.R.S.S.

La région fut annexée à la Pologne par le traité de Riga, en 1921, et récupérée par l'U.R.S.S. lors de l'invasion de la Pologne par ses troupes, le 17 septembre 1939. Un plébiscite donnait alors 91% des voix en faveur du retour de ce territoire à l'U.R.S.S. Le 28 septembre 1939, un traité germano-russe officialisa le partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'U.R.S.S., après la capitulation de Varsovie (27.09.39) qui mit fin à la campagne de Pologne de 1939.

Le 8 octobre 1939 (Décret d'Hitler - Reichgesetzblatt), le IIIe Reich annexa les provinces occidentales de la zone occupée par ses troupes et organisa les autres provinces en "General Gouvernement" (Décret du 12.10.1939). La Pologne était rayée de la carte.

Le 22 juin 1941, l'Allemagne ouvre les hostilités contre la Russie et déclenche une offensive contre les positions russes. De violents combats se déroulent sur la récente frontière, sur l'axe Jaroslaw-Przemilz, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Rawa-Ruska.

Rawa-Ruska, ville sise en une province rattachée à l'U.R.S.S. en septembre 1939 sans qu'aucune réaction diplomatique étrangère se manifestât, ce qui équivalait à une reconnaissance "de facto", se trouvait incontestablement en territoire soviétique.

De plus, dès le début de l'offensive des troupes allemandes, elle se trouvait située dans une "zone opérationnelle" d'un conflit distinct de celui qui avait provoqué la captivité des prisonniers de guerre français.

L'état de siège permanent régnait dans cette zone opérationnelle.

Cet état de siège permanent entraînait diverses conséquences, entre autres :

"que le feu est ouvert à vue sur toute personne suspecte...;"

"que tout militaire ennemi capturé sur ce territoire est immédiatement passé par les armes...".

Il donnait à l'ennemi "la possibilité d'exterminer à chaque instant tout prisonnier de guerre".

Dès juin 1941, les Allemands avaient établi, sur tout le territoire conquis, des camps de prisonniers de guerre pour les Russes.

Ce furent les fameux camps de la série 300, appartenant au Wehrkreis (circonscription militaire) XXI, chef-lieu Posen (aujourd'hui Poznan).

Dans ce conflit germano-russe, où l'un des belligérants, l'U.R.S.S., n'avait pas adhéré à la Convention de Genève, la Commission de contrôle du Comité International de la Croix-Rouge ne fut pas autorisée à visiter ces camps qui ne lui avaient même pas été signalés.

Des exactions sans nom y furent commises.

Les Prisonniers de guerre russes y périrent par milliers, par la famine, le manque d'hygiène et les mauvais traitements...

Au 336 : 35 000 morts !

Au 350 : 130 000 morts !

Au 340 : 124 000 morts !

Au 325 (Rawa-Ruska créé en juin 1941), 18 à 20 000 prisonniers russes périrent, dans des conditions épouvantables, durant les cinq premiers mois. Un second contingent de 4 000 précéda les Français de quatre mois : il ne devait en survivre que 400 !

Or, les prisonniers français ont pris la "succession" des prisonniers russes, dans les mêmes conditions !

Dès octobre 1939, les nazis avaient établi, sur le territoire de la Pologne, du "General Gouvernement", un vaste système de camps de concentration dont la plupart furent appelés, par les Allemands eux-mêmes, des "Vernichtungslager" (camp d'extermination) : Lublin-Majdanek, Chelmno, Auschwitz-Birkenau, Sobibor, Tréblinka, Belzec, Bialo-Podliaska, etc.

Ce "General Gouvernement" était placé sous les ordres d'un gouverneur général, le Docteur Frank, qui a déclaré au procès de Nuremberg "que toute cette région devait être considérée comme un camp d'extermination" !

Cette zone était divisée en plusieurs districts : Varsovie, Cracovie, Radom, Lublin...

Les responsables de ces districts étaient maîtres absolus dans leur ressort et n'avaient à rendre compte qu'au Docteur Frank. Celui-ci était le représentant direct du Führer. En sa personne, s'incarnait la compétence de tous les ministres du Reich (cf. article paru dans le journal "Krakauer Zeitung" du 20.10.41, du Dr Sperl). Il exerçait, entre autres, sous le contrôle du Maréchal Goering, les fonctions de Commissaire de la Défense impériale, et sous le contrôle du Reichführer des S.S. Himmler, les fonctions de Chef de la S.S. et de la Police.

Dans le courant de 1942, le district de Galicie, sur le territoire duquel se trouvait Rawa-Ruska, a été rattaché au "General Gouvernement".

Mais les Allemands y avaient établi auparavant un immense "Judenkreiss", zone d'extermination des Juifs, Etat à part, bien limité, particulièrement surveillé.

Rappelons que Hitler avait décidé d'appliquer aux Juifs la "solution finale" c'est-à-dire l'extermination. Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee définit les modalités d'application de la "solution finale de la question juive" (Endlösung der Judenfrage) pour toute l'Europe. Des millions de femmes, d'enfants et d'hommes raflés et internés dans tous les pays occupés seront transférés vers des camps d'extermination : Auschwitz II (Birkenau), Belzec, Maidanek, Kulmhof (Chelmno), Sobibor, Treblinka.

A l'arrivée des Français à Rawa-Ruska, la localité comptait encore 9 000 habitants. En janvier 1943, il n'en restait plus que 3 000 !

A Lemberg (Lwow), le tiers de la population a été massacré. Dans la province, près de 700 000 personnes, hommes, femmes, enfants, ont été exterminées.

Il n'est pas douteux que cette situation, que cette atmosphère, aient profondément atteint le psychique de tous ceux qui ont vécu dans cette région et qu'ils en aient été profondément "choqués".

Rawa-Ruska se trouvait dans une zone entièrement contrôlée par la R.S.H.A. (Reichssicherheitshauptamt - Office Central de la Sécurité du Reich).

Une commission d'enquête soviétique a établi un rapport terrifiant daté des 24-30 septembre 1944 dont nous reproduisons le texte officiel intégral traduit du russe [Lire ce rapport].

Ce rapport est édifiant et montre bien le contexte dans lequel se trouvaient les prisonniers de Rawa-Ruska et de ses kommandos de travail dans ce "judenkreis", cette immense zone d'extermination de Juifs, rattaché au Général - Gouvernement où les camps étaient, pour la quasi totalité, des camps d'extermination (vernichtungslager) - Treblinka, Lublin, Majdanek, Chelmno, Auschwitz-Birkenau, Sobidor, Biala-Podliaska, Belzec à 19 kilomètres de Rawa Ruska etc... Les autres étant des camps de transit vers ces camps de la mort.


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