RAWA-RUSKA

Raisons qui motivèrent la décision de transférer des prisonniers de guerre français à Rawa-Ruska

 

Il convient de se remémorer la déclaration faite par le Général de Gaulle, le 28 juin 1940, annonçant la formation d'une force française terrestre, aérienne et navale, concourant d'abord à toute résistance française où que ce soit, dans l'Empire Français. Tous les militaires français de terre, de mer et de l'air étaient invités à s'y joindre, tous les jeunes gens et tous les hommes en âge de porter les armes étaient invités à s'y enrôler.

Cet appel soulignait encore que "tous les officiers, soldats, marins, aviateurs, français où qu'ils se trouvent, ont le devoir de résister à l'ennemi".

Répondant à l'Appel du Général de Gaulle, Chef de la France Libre, parvenu jusque dans les stalags et kommandos, informés enfin d'une lutte entreprise par des mouvements de Résistance, de nombreux prisonniers de guerre français s'évadèrent. Ils n'hésitèrent pas à prendre des risques sur le territoire même de l'ennemi.

En mars 1942, un avis était apposé dans les stalags, d'après lequel, et suivant un ordre de l'O.K.W. de Berlin, en date du 21 mars 1942, des mesures étaient prises contre les prisonniers français et belges évadés récidivistes et coupables de sabotages ou de refus de travail réitérés.

"Ces prisonniers seront transférés dans le Gouvernement Général, à Rawa-Ruska, au nord-ouest de Lemberg.

Malgré cette menace, des prisonniers de guerre français n'hésitèrent pas : ils récidivèrent dans l'évasion, le refus de travail, s'exposant délibérément à la déportation à Rawa-Ruska.

Les tièdes s'abstinrent. Les seuls désirant reprendre le combat s'acharnèrent. Sur plus de 1 500 000 prisonniers de guerre français qui furent internés en Allemagne, 24 à 25 000 furent dirigés sur Rawa-Ruska et ses sous-camps.

Rawa-Ruska, camp 325, retenu par l'ennemi pour son extrême éloignement de la France, l'était aussi par le fait qu'il était situé sur un territoire soustrait aux garanties de la Convention de Genève.

 

Cliquer sur le lien pour lire le document

Rawa-Ruska et la Convention de Genève

 

Le soutien de l'État dit "français"

aux prisonniers de guerre résistants

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 

Le camp de Rawa-Ruska était situé dans une vaste zone d'extermination, à 19 kilomètres de Belzec, à proximité de Lublin-Majdanek, Tréblinka, Sobibor, Chelmno, etc. (en Pologne) et les camps d'extermination implantés sur le territoire russe.

Les S.S. et leurs acolytes S.S. ukrainiens pouvaient se livrer à toutes les exactions, et ne manquaient pas d'en abuser (cf. comptes rendus des différents procès des criminels de guerre).

Le Général Rudenko a déclaré au procès de Nuremberg, que les troupes russes furent horrifiées lorsqu'elles délivrèrent cette contrée en remarquant avec quelle cruauté, quel sadisme, les S.S. avaient agi contre des êtres humains.

Le Colonel Pokrovski (Procureur Général soviétique au Tribunal de Nuremberg) a prouvé :

- "qu'à Rawa-Ruska, les hitlériens avaient organisé un camp où furent détenus et où périrent un grand nombre de prisonniers soviétiques et français, qui moururent de maladies contagieuses" ;

- "nous avons le témoignage des bestialités innombrables et des outrages de toute nature que devaient subir les prisonniers de guerre à Rawa-Ruska" ;

- "le Ministère public soviétique dispose d'une quantité importante de documents qui accusent les envahisseurs hitlériens d'innombrables autres crimes contre les prisonniers de guerre dans la région de Lwow. Nous y avons trouvé des fosses contenant des cadavres de prisonniers de guerre belges, français et russes".

D'autre part, il y aurait lieu également de se référer à des extraits parus dans les "Cahiers de Traits" (Edition des Trois Collines à Paris-Genève), numéro double 6/7 de juin-juillet 1945 et relatifs aux résultats d'enquêtes effectuées par une "Commission extraordinaire d'Etat pour l'investigation et la recherche des crimes commis par les envahisseurs germano-fascistes et leurs complices dans la région de Lwow (Lemberg) en Ukraine soviétique".

Il s'agit d'un document traduit du "Soviet War News Weekley" du 4 janvier 1945, dans lequel figurent de nombreux témoignages que n'a pu recueillir le Service international des recherches d'Arolsen n'ayant pu enquêter sur le territoire soviétique.

C'est la raison principale pour laquelle la visite du camp de Rawa-Ruska ayant été refusée à la Commission d'Arolsen, Rawa-Ruska n'a pas figuré sur la liste A 160 des Camps de déportation.

Il faut encore souligner que Rawa-Ruska, situé dans une région à climat continental, très froid et très long (5 mois de gel de - 20° à -30°), et très chaud l'été, est environné de marécages et de tourbières infestés de moustiques. Typhus, typhoïde, diphtérie, dysenterie bascillaire, diarrhée cholériforme, y régnaient de façon endémique.


sommaire de l'historique