Le nombre des déportés arrivant au camp de Rawa-Ruska augmentant, des kommandos ont été créés, certains très loin vers l'Est, et il n'a pas été possible d'en établir le nombre exact.
En effet, les listes de répartition dans les kommandos, ainsi que leur lieu d'implantation, étaient sous le contrôle exclusif de l'Abwehr.
L'effectif des kommandos variait de 50 à 500 détenus.
Comme au camp, rien n'avait été organisé avant l'arrivée des détenus, et aucune amélioration ne fut apportée par la suite.
Le régime alimentaire n'était guère meilleur que celui du camp.
Les détenus durent, pour subsister, manger des herbes et des racines arrachées en cachette durant les corvées.
Le travail était obligatoire, sous la surveillance constante de sentinelles et de chiens qui harcelaient les hommes. Ce travail était des plus harassants : terrassement sur voies de chemin de fer, champ d'aviation, travaux forestiers, extraction de pierre, de tourbe, etc., et même travaux de démolition de pierres tombales des cimetières juifs de la région (notamment Trembowla).
Les détenus français, bien souvent, travaillaient côte à côte avec les Juifs déportés des pays occupés par les nazis. Dans certaines prisons ou citadelles, ils étaient mélangés aux Juifs déportés.
De plus, sévissaient les exactions de toutes natures : appels, fouilles interminables à n'importe quelle heure, par n'importe quel temps.
Ainsi, ce régime tendait-il à l'effondrement intégral de l'être humain.
Tarnopol, le kommando de la carrière, août 1942
Par Claude SCHNERB
C'était, avec Tarnopol, le sous-camp de Rawa-Ruska, situé le plus à l'Est. Je n'ai jamais su exactement quelle était sa situation par rapport au ghetto. Toujours est-il que des déportés juifs l'entouraient, étoile jaune sur brassard, promis à ces convois dont on murmurait qu'ils allaient, cahin-caha, vers la mort.
C'était le camp de la lente inanition. Le matin, un interminable appel, et certains, épuisés déjà, attendaient, accroupis. Quand ils prétendaient se relever, un étourdissement que nous connaissions tous, mais ceux-là ne se relevaient pas. Il fallait les transporter à ce que les Allemands appelaient " infirmerie ", où, faute de place, on ne restait jamais bien longtemps. En effet, ils ne restaient pas longtemps... Quelques jours plus tard, une même cérémonie funèbre avait lieu dans la cour : un cercueil de planches ; le prêtre au maigre visage, qui priait ; des sentinelles ricanantes ; de l'autre côté des barbelés, des Juifs apeurés... C'était la seule relation, silencieuse, que nous pouvions avoir avec eux.
Le soir, en rentrant du travail, nous croisions une troupe d'autres déportés sans étoile jaune, parmi eux des Français. Dans la poussière de nos pas, nous ne pouvions échanger avec eux qu'un bref signe. Ils devaient se demander qui étaient ces militaires, vêtus de lambeaux d'uniforme, capote russe, blouson anglais, pantalon belge, calot français...
Nous revenions du cimetière juif où, à coups de masse, nous faisions semblant de casser les pierres tombales juives. Faisions-nous semblant ? Peut-être nos bras aux muscles fondus ne pouvaient-ils soulever ce poids écrasant. Bientôt nous dûmes casser ces pierres tombales sur les routes de Pologne. Au cimetière, des Juifs nous remplaçaient. Qui a dit : " Hitler, connais pas " ? Un chroniqueur militaire, Erwan Bergot, nous décrit ainsi dans " Les Cadets de la France Libre " : " ... les réfractaires, les parias, les déportés, portant sur leur visage, dans leurs yeux, au fond de leur ventre, les stigmates de leurs souffrances inhumaines ".
Un jour, comme si c'était une question de vie ou de mort, un tunnel se creusa dans le plus grand secret. Seuls le savaient les spécialistes qui y travaillaient. Je l'ignorais et m'occupais autre part. Avec un camarade, on avait repéré, à une corvée extérieure, une sentinelle apparemment moins cruelle que les autres qui, peut-être hésiterait à tirer sur des fuyards. Mais, la veille du jour prévu, un étrange mal me saisit à mon tour : une forte et subite fièvre, un épuisement total bien connu au camp, qui m'ouvrait pour deux jours les portes de " l'infirmerie ". La ration de misère " Rawa " y était à peine augmentée, mais ce surplus pouvait signifier la vie, et puis, l'on avait besoin de nous pour l'entretien des routes... Je regrettai néanmoins l'évasion du lendemain. C'est alors que Riou, l'homme de confiance, m'a appris l'existence du tunnel.
Le lendemain, deux autres camarades prirent notre place. L'un parvient à s'enfuir. Sur le second, la sentinelle que nous pensions moins cruelle, tira, et, quand le prisonnier fut au sol, gisant, blessé, cet Allemand l'acheva. Après la guerre, je reçus la visite d'un gendarme. Ne saurais-je pas le nom de ce criminel de guerre ? Non, hélas.
Lorsque, au bout de plusieurs mois, ce camp fut fermé, on nous dirigea sur Tarnopol. Là, avec la même ration de famine, nous devions transporter tout le jour des rails, de lourds madriers. Des jeunes filles juives déportées accomplissaient le même travail un peu plus loin. Nous les retrouvions le lendemain à l'aube, elles ou leurs surs...
J'appris plus tard que ce mal de Trembowla, non diagnostiqué par les médecins, était simplement le paludisme, la " malaria ", mais cette maladie-là, m'a-t-on dit, n'est pas militairement " reconnue ". Bah ! Ne soyons pas pusillanime. Il y en eut assez d'autres à Rawa, et de plus expéditives.
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L'internement des prisonniers français
au château de Zolotchiv (Zloczów) en Ukraine
note de synthèse par Michel Bussière
Le voyage organisé par l'Association des anciens militaires évadés résistants déportés en Ukraine du 29 mai au 2 juin 2003 a permis à la plupart des participants de découvrir les sites de captivité de leurs proches parents dans le territoire de l'ancien "Gouvernement général de Pologne" mais aussi pour quelques anciens prisonniers de redécouvrir un site qui était peut-être en train de perdre « sa mémoire ».
Le stalag 325 principalement établi à Rawa-Ruska, puis en fonction de l'évolution du front Germano-soviétique à Lemberg, (Lvow en polonais et L'viv en ukrainien) puis Stryj, comprenait également plusieurs sous-camps appelés encore détachements de travail ou commandos, principalement répartis dans le triangle de la mort parmi les centres d'extermination de sinistre mémoire. Si l'objectif principal du voyage était l'inauguration du mémorial restauré à proximité du camp de Rawa-Ruska, sur la colline ou les défunts étaient inhumés, le programme incluait la visite de la citadelle de L'viv, de la ville de Ternopil et du château de Zolotchiv, avec passages obligés par l'aéroport de L'viv, désigné en 1942-1943 comme le commando de "Lemberg-fliegerhorst", selon la terminologie germanique en usage à l'époque.
La visite de l'ancienne résidence royale de Zolochiv prit un sens particulier lorsque deux membres du groupe reconnurent l'endroit où ils avaient été enfermés en 1942-1943 et que l'on dénommait à l'époque "le commando de Zloczów", selon la dénomination polonaise.
Alien Fournier n'y avait séjourné qu'au mois d'octobre 1942 alors que le séjour forcé de Maurice Chesneau avait duré pendant sept mois _ partir du 17 juillet 1942. Ce qui était autrefois le pavillon royal, abritait pendant la guerre les prisonniers français à l'étage et des israélites au rez-de-chaussée. Ces derniers devaient subir l'extermination systématique décidée par le régime hitlérien et mise en oeuvre sur place par un Ober-Feldwebel SS surnommé «le tueur» en raison de sa cruauté. Maurice Chesneau a assisté au massacre d'environ 80 civils juifs le 24 novembre 1942. Il a également assisté à l'assassinat d'un juif qui avait reçu de sa famille un paquet contenant une lettre découverte par les Allemands et il a été abattu sans arme à feu, uniquement à coups de pied et de bâtons. Les exécutions individuelles étaient quotidiennes.
Alien Fournier conserve également le souvenir d'une sépulture à peine recouverte de terre dans laquelle avait été rapidement inhumé un médecin juif tchécoslovaque qui avait été autorisé pendant quelques jours à visiter les malades français. Il avait été aussi abattu par «le tueur» et deux jours après son enterrement dans la précipitation on pouvait encore voir l'une de ses mains qui sortait de la tombe.
Il a semblé aux deux français que l'extermination des juifs était permanente et que de nouveaux prisonniers venaient sans cesse prendre la place de ceux qui étaient exécutés. Selon Maurice Chesneau, ils portaient l'étoile jaune. Alien Fournier n'en a pas gardé le souvenir mais lui-même portait le triangle rouge.
Les conditions de survie étaient très rudes notamment au cours de l'hiver1942-1943 qui fut très rigoureux avec des températures avoisinant moins 35°C. Il n'y avait pas d'aumônier et les soins médicaux étaient donnés par un médecin juif prisonnier également (comme à Rawa-Ruska) dépourvu de médicaments et d'instruments, lequel fut également abattu par les Allemands.
Les prisonniers français étaient astreints au travail. Alien Fournier fut affecté à une carrière de pierre située à trois ou quatre kilomètres de la citadelle. Maurice Chesneau travaillait sur la voie ferrée et certains de ses camarades étaient pieds nus dans la neige, faute de chaussures.
Alien Fournier ne fut pas fâché «de quitter ces lieux sinistres où la mort rôdait partout». L'embarquement eut lieu à la fin du mois d'octobre 1942 en gare de Zloczów, dans trois wagons à bestiaux qui furent accrochés au convoi venant de Tarnopol à destination de Stargard en Poméranie.
Parcours des témoins :
Alien FOURNIER est arrivé à Rawa-Ruska le 13 avril 1942 en provenance de Ludwisbourg. Il a été transféré le 4 juillet 1942 à Trembowla, puis à Tarnopol fin septembre et enfin à Zloczow du 1er ou 2 jusqu'au 29 octobre 1942 (approximativement). Il a quitté cette dernière ville fin octobre 1942 pour être interné successivement à Stargard (stalag II D), Grifswald (stalag II C), Trêves (stalag XII D) Limbourg (stalag XII A) et Bad-Orb (stalag IX B)
Après son évasion manquée du 5 mai 1942, Maurice CHESNEAU est arrivé à Rawa-Ruska le 1er juillet 1942. Il en est reparti le 11 juillet 1942 pour arriver le 17 juillet 1942 à Zloczow, après un bref passage à Tarnopol. Le séjour initialement prévu pour quatre mois a duré sept mois au total (peut-être en raison d'une grêve). Il est ensuite parti au stalag IV D, en Allemagne.
Lors du congrès annuel de l'Association tenu à Paris le 14 septembre 2003, André Viard a indiqué qu'il avait lui aussi été déporté à Zloczow. Son témoignage sera recueilli par son petit-fils, Sébastien Joliot.
NB : La terminologie française en usage pendant la seconde guerre mondiale a retenu les appellations géographiques suivantes :
- Lemberg (allemand) ou Lvow (polonais) pour L'viv (ukrainien).
- Tarnopol (polonais) pour Ternopil (ukrainien).
- Zloczów (polonais) pour Zolochiv (ukrainien).
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