Ce rapport, qui nous a été communiqué à la suite d'une mission en Pologne, a été remis à l'Union Nationale de "Ceux de Rawa-Ruska" par le Professeur Pilichowski, Directeur de la Commission Principale d'Enquête sur les crimes hitlériens commis en Pologne, qui en avait demandé communication aux autorités soviétiques (la première page est la page d'envoi du rapport au Pr Pilichowski par les dites autorités). Ce rapport a été traduit par D. Dowojna Bienaimé, expert traducteur assermenté près la cour d'appel et le tribunal de grande instance de Paris (traduction n° 28981, du 27 juin 1968) et déposé par le Président A. Guerlain au Ministère des Anciens Combattants fin mai 1968.
La première page du rapport proprement dit mentionne la date de l'enquête (du 24 au 30 septembre 1944), et la composition de la commission d'enquête (un président, une secrétaire et trois membres), avec la participation d'un commandant, d'un instituteur, de deux curés de l'église catholique-romaine, du substitut au procureur de la région de Lwow, l'adjoint du président de la commission régionale des députés du Soviet suprême, du représentant de la commission extraordinaire d'Etat.
Quarante-deux témoins oculaires des atrocités hitlériennes perpétrées dans le district et la ville de Rawa-Ruska ont été interrogés.
Au cours de l'enquête, il a été découvert des grandes "tombes collectives", aux abords de Rawa-Ruska, dans lesquelles il a été dénombré environ 37 000 cadavres d'hommes, de femmes ou d'enfants, torturés, fusillés, etc...
Le rapport décrit l'extermination de militaires soviétiques, les atrocités commises dans le ghetto juif, avant l'envoi à "l'usine de mort" de Belzec (20 km environ de Rawa-Ruska), (2 000 en mars, 2 000 en juillet 1942, etc...). Il y est noté qu'en décembre 1942 et en janvier 1943, 800 hommes de la police hitlérienne ont participé à l'opération d'extermination de plus de 14 000 personnes et 2 000 autres envoyées à Belzec... les rues étaient jonchées de cadavres, le sang coulait à flots, etc...
Quant au camp de prisonniers, il y est mentionné que ses installations, son régime, ses conditions étaient calculés pour exterminer systématiquement les prisonniers.
Un témoin a relaté qu'ayant travaillé au camp des prisonniers de guerre soviétiques du mois de décembre 1941 au mois d'avril 1942, il y avait eu, durant cette période, 15 000 exterminations par la faim, le froid, les fusillades,... des prisonniers mangeaient de la chair humaine...
La commission a établi qu'on y entretenait les maladies épidémiques dont 50 hommes au moins mouraient chaque jour, qu'on y établissait un régime de conditions inhumaines, par les massacres, la faim et le froid. Sur les 18 000 prisonniers de guerre qui se trouvaient au camp, seuls 180 hommes, atteints du typhus, furent dirigés sur le camp de Lwow, quant aux autres, ils furent exterminés au camp de Rawa-Ruska.
Ce rapport arrive à sa conclusion par :
"Après l'extermination de tous ceux qui se trouvaient au camp de prisonniers de guerre, dans ces mêmes bâtiments, écuries, au mois d'avril 1942, on plaça des prisonniers de guerre français qu'on amena au nombre de 20 000 hommes environ. Les prisonniers de guerre français se trouvaient également dans de mauvaises conditions et mouraient souvent de faim et de froid. En fait foi le cimetière de Wolkowice où de nombreux prisonniers de guerre ont été inhumés.
"Les envahisseurs fascistes allemands obligeaient les prisonniers de guerre français à un travail au-dessus de leurs forces, les faisaient mourir de faim, les tenaient dans des bâtiments, écuries, non chauffés et les punissaient pour la moindre infraction au règlement du camp.
Avant de citer le nom des coupables ayant sévi à Rawa-Ruska, le rapport signale que la commission a établi l'extermination de 41 500 personnes dans le district de Rawa-Ruska durant l'occupation.
Traduit du russe par D. DOWOJNA BIENAIMÉ, expert traducteur assermenté près la cour d'appel et le tribunal de grande instance de Paris, n° 28981, le 27 juin 1968.
Lettre d'envoi des autorités soviétiques aux autorités polonaises
Original de la lettre d'envoi Original de la traduction de la lettre d'envoi
(cliquer sur les documents pour les voir en
taille réelle)
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Emblème soviétique. MINISTERE PUBLIC de l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes. MOSCOU-Centre. Rue Pouchkine 15-a. |
Le 18 janvier 1968. N° I/108-67.
COMMISSION PRINCIPALE D'ENQUETE SUR LES CRIMES HITLERIENS EN POLOGNE |
Au Directeur du Bureau
Le Dr. Czeslaw PILICHOWSKI
Varsovie, Allée Ujazdowski 11.
Livre-Journal N° 76/II/60/126/64/42.
Estimé Dr. Pilichowski !
Nous vous adressons le rapport des 24-30 septembre 1944, sur les atrocités hitlériennes commises dans le district de Rawa-Ruska.
Il serait souhaitable d'obtenir votre opinion sur les mesures ultérieures à prendre, pour qu'en cas de besoin, nous puissions prendre des mesures complémentaires, pour aider à la manifestation de la vérité dans cette affaire.
En même temps, j'attire votre attention sur le fait qu'au dossier, les criminels nazis, en particulier HILDEBRAN, sont nommément désignés et qu'ils figurent dans d'autres affaires.
Pièces jointes : sur 8 pages.
Avec mes souhaits de réussite.
Signé : G. Aleksandrow.
En polonais :
Pour conforme à l'original.
Signé illisiblement.
Le 13.3.68.
Sceau avec emblème de l'Etat Polonais.
Composition de la Commission de District établie pour procéder à l'enquête sur les crimes des envahisseurs fascistes-allemands commis dans le district de Rawa-Ruska :
Président de la Commission : CAVRILENKO Maxime, fils de Sidor.
Secrétaire de la Commission : ROBOTA Halina, fille de Michel.
Membres de la Commission : SOKOLIAN Nestor, fils de Karp, MALYCHEW Paul, fils de Jacob, STEPANOW Michal, fils de Timothé.
avec la participation du Commandant KOUPRIACHKINE Thikhon, fils de Efim, l'instituteur STRAZENIK Ivan, fils de André, le Curé de l'Eglise catholique-romaine GRZEGOSZ, fils de Pierre KADULA, le Curé de l'Eglise catholique-romaine Jacob, fils de François INIARA, le premier substitut du Procureur de la Région de Lwow, KRZYZANOWKSKI P.Z., en présence de l'Adjoint du Président de la Commission Régionale des Députés du Soviet Suprême de l'Union Soviétique KOZYREW P.Z. et du représentant de la Commission Extraordinaire d'Etat KOUZMINE. Cette Commission a inspecté le camp allemand de la ville de Rawa-Ruska, les lieux conservés, où de paisibles citoyens ont été torturés de façon bestiale et fusillés. Elle a interrogé 42 personnes, témoins oculaires des atrocités hitlériennes perpétrées dans le district et la ville de Rawa-Ruska et elle a décidé que :
Les autorités fascistes-allemandes, aussitôt après l'invasion par les armées allemandes (le 27.6.1941) du territoire de Rawa-Ruska, sur l'ordre du gouvernement criminel hitlérien organisèrent l'extermination massive de groupes de la paisible population, qui les gênaient, ainsi que des prisonniers de guerre qui se trouvaient au camp (Stalag de Rawa-Ruska).
Au cours de l'enquête de la Commission de District aux environs de Rawa-Ruska, il a été découvert de grandes tombes collectives de cadavres enterrés dans les lieux suivants :
1. Au cimetière juif situé à environ 480 mètres du centre de la ville, dans 4 grandes fosses, où il a été enterré plus de 5 000 cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants torturés et fusillés.
2. Dans la forêt de "Borowe", à environ 3 km du centre de la ville et à quelques 250 mètres de la forêt de Borowe dans une fosse d'une dimension de 13 x 8 mètres, il a été inhumé plus de 1 500 cadavres d'hommes, femmes et enfants.
3. A environ 1 000 mètres au sud du centre de la ville de Rawa-Ruska, à côté du cimetière juif, il a été inhumé plus de 4 000 cadavres.
4. A la lisière de la forêt de Wolkowice, situé à environ 2 km au sud de Rawa-Ruska, le cimetière français contient 23 tombes individuelles. Sur ces tombes des monuments en bois ont été édifiés, sous forme de croix, avec des inscriptions des noms et prénoms des prisonniers de guerre français inhumés. Cimetière d'une dimension de 35 x 15 mètres. [Lire ou revenir au commentaire sur ce point, en introduction à la Liste des militaires décédés à Rawa-Ruska]
5. Dans la forêt de Wolkowice, à environ 3 km au sud de la ville de Rawa-Ruska, à quelques 200 mètres de l'hôpital, au cimetière représenté par une fosse de 20 x 15 mètres, il a été enterré plus de 8 000 prisonniers de guerre soviétiques torturés et fusillés.
6. Dans la même forêt de Wolkowice, à environ 2 km au sud-est de la ville de Rawa-Ruska et à quelques 100 mètres de l'hôpital, il a été enterré plus de 7 000 cadavres de prisonniers de guerre torturés et fusillés.
7. Dans la forêt de Sedliska, près du village de Selysko, à 4 km de Rawa-Ruska :
a) A Woronka, dans un entonnoir d'obus, il a été enterré 5 cadavres.
b) Au quartier 53, dans une fosse de 1,5 x 1,5, d'une profondeur de 17 mètres, il a été enterré 50 cadavres humains.
c) Au quartier 52, dans une fosse d'une dimension de 5 x 7 mètres, d'une profondeur de 3,5 mètres, il a été enterré 350 cadavres humains.
d) Au quartier 51, dans une fosse d'une dimension de 15 x 10 mètres, d'une profondeur de 7 mètres, il a été enterré près de 7 000 cadavres d'hommes, femmes et enfants, fusillés.
e) Sur la route de "Jalynka", à environ 400 mètres, dans une fosse d'une dimension de 4 x 5 mètres, d'une profondeur de 2,5, il a été enterré 60 cadavres d'hommes et de femmes.
f) Sur la route de "Jalynka", à environ 450 mètres, dans une fosse d'une dimension de 6 x 8 mètres d'une profondeur de 3 mètres il a été enterré 80 cadavres humains.
g) Sur la même route, à 100 mètres, dans une fosse d'une dimension de 8 x 7 mètres, d'une profondeur de 4,5 mètres, il a été enterré 3 500 cadavres de personnes fusillées, hommes, femmes et enfants.
Au total, dans cette forêt, il a été enterré plus de 11 000 cadavres humains.
Par l'enquête, à laquelle il a été procédé, par la voie d'interrogatoires de témoins oculaires et l'examen des documents, la Commission de district a établi les faits suivants sur les crimes et atrocités fascistes-allemandes, commises dans le district de Rawa-Ruska.
I. EXTERMINATION DE MILITANTS SOVIETIQUES
Après l'invasion des armées allemandes-fascistes sur le territoire du district de Rawa-Ruska, les agents de la Gestapo et les gendarmes, sous la direction de bourreaux sanguinaires, du Chef de la Gestapo, l'Oberscharführer SS. STEIN et du Chef de la Gendarmerie, Commandant de la ville de Rawa-Ruska KLEIN, les bourreaux ont commencé à procéder à l'arrestation de militants soviétiques, qu'ils fusillaient sans aucun jugement et les cadavres des militants fusillés, ils les enfouissaient dans la forêt de Wolkowice. De cette manière, jusqu'à la fin de 1942, il a été supprimé 380 militants soviétiques et leurs biens ont été pillés. (Déposition des témoins : STIAGOZA Paulina, fille de Ivan, dt à Rawa-Ruska, Rue Mickiewicz N° 70, et TENCER Simon, fils de Pinkos, dt à Rawa-Ruska, Rue Typographia et autres).
2. LE "GHETTO" JUIF.
Les atrocités et les brigandages allemands-fascistes et la liquidation physique de la population juive du district de Rawa-Ruska, procédaient d'un plan prémédité à l'avance.
Les bourreaux fascistes de la ville de Rawa-Ruska, le Kreishauptmann HAGER, le Bourgmestre LASKI, les Commissaires aux Affaires juives STRUCHHOIZ et HOLZ ont organisé un comité juif, dans la ville, appelé "Juden-Rat", à l'aide duquel, ils traquaient la population juive, la taxaient, lui soutirant, de cette manière, tout son argent et des objets de valeurs.
A la moindre désobéissance ou dissimulation d'objets de valeurs, les coupables s'exposaient à être fusillés.
Dans le processus de ces exactions, les gendarmes, les policiers et la gestapo exerçaient leurs sévices sur des gens innocents et s'acharnaient sur eux.
Le témoin CWIKLA Piotr, fils de André, habitant de Rawa-Ruska, à ce sujet a déclaré :
"Les Allemands avaient organisé dans la ville un Comité juif, dit "Juden Rat". Les autorités allemandes rançonnaient les juifs tous les mois. Une de ces rançons était fixée à la somme de 2 millions de zlotys. Le "Juden Rat" recueillait l'argent et les objets de valeurs et les remettait au Commandement allemand de la ville".
Sur l'ordre du Kreishauptmann HAGER, dans les premiers jours du mois de septembre 1941, tous les juifs des villages environnants furent rassemblés dans la ville de Rawa-Ruska. Après avoir procédé à l'enregistrement de la population juive, les barbares fascistes allemands procédèrent à l'extermination de la paisible population.
Le 19 mars 1942, la gendarmerie et la police fasciste ukrainienne, sous la direction du Chef de la gendarmerie, de la ville, l'adjudant KLEIN procédèrent à une rafle (action) monstre, dans la ville. Au cours de la rafle on garda plus de 2 000 personnes, hommes, femmes et enfants, que les barbares allemands envoyèrent dans les "Usines de la mort", dans la ville de Belzec, à 20 km de Rawa-Ruska, en territoire polonais en vue d'extermination.
La seconde rafle (action) de la Gestapo, conjointement avec la police "Schupo" et la police ukrainienne, fut effectuée le 30 juillet 1942, sous la direction du chef de la Gestapo, l'Oberscharführer SPEIT. Au moment de la rafle, on arrêta et envoya à la ville de Belzec, à "l'Usine de la mort", plus de 2 000 personnes, hommes, femmes et enfants. Les biens des juifs détenus, étaient pillés par les bourreaux allemands-fascistes.
En été 1942, les autorités allemandes de la ville de Rawa-Ruska, organisèrent un camp juif, dit "GHETTO". Dans la partie centrale de la ville de l'édifice de la Poste à la Place du Marché on délimita quelques quartiers, où l'on proposa à tous les juifs des autres quartiers de la ville de s'installer. En même temps dans le même "Ghetto", on rassembla la population juive des villes : Nemirow, Uhnow, Magierow. De cette manière, on réunit plus de 18 000 personnes dans le Ghetto.
Les quartiers du "Ghetto" étaient entourés de fils barbelés et à partir de décembre 1942, le "Ghetto" était gardé par la police. L'entrée et la sortie du "Ghetto" étaient interdites. Les contrevenants à ce régime étaient fusillés sur place.
La population du "Ghetto" se trouvait dans des conditions effrayantes et pénibles. Les gens vivaient dans une exiguité incroyable, à raison de 20 familles dans une seule pièce, les produits alimentaires étaient inexistants. Tous les jours les gens mouraient d'épidémies, de maladies et principalement du thyphus.
Les exactions des Allemands-fascistes s'acharnaient d'une manière extraordinaire sur la population innocente, qui se trouvait au "Ghetto".
Les témoins oculaires des bestialités fascistes allemandes, habitants de la ville de Rawa-Ruska, KLAGER Moïse, fils de Juda et WEINFELD Abram, fils de Dawis ont raconté :
"En été 1942, le Chef de la Gestapo, l'oberscharführer SPEIT, alors Commandant du "Ghetto", fit conduire dans la rue Sobko, des jeunes femmes et des jeunes filles, là il les fit entièrement déshabiller, ensuite ils photographiaient les femmes et les jeunes filles nues dans différentes poses obscènes. Finalement, les fascistes fusillaient chacune de ces femmes et jeunes filles, en tirant dans les organes sexuels. Des scènes de ce genre, le bourreau SPEIT en organisait souvent et il a fait ainsi exterminer plusieurs centaines de jeunes femmes et de jeunes filles."
Le témoin WEINFELD Abram, fils de Dawid, a raconté encore que :
"En 1942, dans la ville de Rawa-Ruska, le gendarme MAERT, sous mes yeux fusillait les gens de la façon suivante : il plaçait cinq hommes l'un derrière l'autre et dans le but d'essayer la force de tir de son pistolet, il tirait dans le visage du premier. Quand il avait fusillé un groupe de cinq, le bourreau MAERT replaçait à nouveau cinq autres innocents".
La 3ème rafle qui a duré du 7 décembre au 10 janvier 1943, était le plus cruel des massacres sanguinaires. Au cours d'un mois, il a été exterminé plus de 14 000 personnes, hommes, femmes et enfants et sur ce nombre près de 2 000 personnes étaient envoyées dans la ville de Belzec, à l' "Usine de la mort", quant aux autres, elles étaient fusillées.
Pour procéder à ce massacre sanglant, de la ville de Lwow à la ville de Rawa-Ruska, étaient venus : l'Obersturmführer SS. HILDEBRAND, l'Obersturmführer SS. WIELHAUS (Commandant du Camp de Janow, à Lwow). Le Sturmführer ROKITA, qui avec six chefs fascistes SPEIT, KLEIN, HAGER, HOLZ, STRUCHHOLZ, LIASKI, GROMIKITA, et d'autres, pendant la durée d'un mois entier fusillaient la population juive et en définitive le "Ghetto" fut entièrement liquidé. A cette opération ont pris part environ 800 hommes de la police et de la gendarmerie.
Au cours de ce massacre les rues étaient jonchées de cadavres et le sang coulait à flots. Pour fusiller les gens, on les transportait principalement en auto dans la forêt de Sedliska, près Selysko, où il a été fusillé près de 10 000 personnes et au cimetière juif, où il a été fusillé environ 2 000 personnes et en outre à ce cimetière, il a été amené, pour être enterrés, environ 1 000 cadavres fusillés au "Ghetto".
Après la liquidation du "Ghetto", il a été placé au camp de "Rata" 630 personnes, qui ont été également fusillées au mois de mars 1943. En avril 1943, le camp de la ville de Mosty Wielkie, dans lequel se trouvaient plus de 1 200 personnes juives fut transféré dans la ville de Rawa-Ruska. Dans la nuit du 10.XI.1943, les bourreaux fascistes ont entouré le camp et ont transporté tous les gens, à "Borowe", au soviet rural politique, où ils ont tous été fusillés et les cadavres ont été enterrés dans une grande fosse.
En outre, il se trouvait près de 1 500 personnes juives au camp de Kamionka-Lipcyk, district de Rawa-Ruska. Les Allemands les ont également tous fusillées et ont enterré les cadavres dans des fosses dans la forêt de Sedliska, près Selysko.
Tout cela a été confirmé par l'interrogatoire de 20 personnes, témoins et témoins oculaires.
Au nombre des témoins oculaires interrogés, CWIKLA Piotr, fils d'André, a raconté :
"En 1943, au printemps, dans l'établissement de bains, où se trouvait le Commandant du "Ghetto", le Chef de la Gestapo SPEIT, la police ukrainienne a amené 3 juifs : WASSERMAN, GOBERMAN et une femme. WASSERMAN et GOBERMAN ont demandé à SPEIT de leur laisser la vie sauve. Le bourreau SPEIT, s'adressant à WASSERMAN, lui a dit : "Voilà, je te donne la vie" et d'un fusil automatique il lui a tiré dans les yeux. WASSERMAN est tombé et s'est relevé ensuite, alors SPEIT a déchargé sur lui deux rafales de fusil à répétition. Aussitôt après SPEIT a fusillé GOBERMAN et la femme. En février 1943, je suis passé près de la maison du juif SCHAFEL. A ce moment les policiers ont découvert dans la cour de SCHAFEL un coffre, où se trouvaient cachés 4 enfants. Le policier prenait les enfants par les pieds et les tuait un par un, contre le mur".
Le témoin SOCHA Maria, fille de Abram, a déposé comme suit :
"Au mois de décembre 1942, j'ai vu personnellement comme un agent de la gestapo a fusillé une juive SCHEIFER Anna. Quant à son bébé de 3 mois le gestapiste l'a saisi par les pieds et en lançant sa tête contre le mur, l'a tué.
LE CAMP DES PRISONNIERS DE GUERRE.
Dans la banlieue de la ville de Rawa-Ruska, dans les anciennes casernes de l'Armée Rouge, au mois de juin 1941, le commandement allemand a créé un camp pour les prisonniers de guerre soviétiques. Du mois de juillet 1941 au mois d'avril 1942, d'après les éléments des dépositions des témoins, il se trouvait dans ce camp, plus de 18 000 hommes, prisonniers de guerre soviétiques.
Les installations du camp, le régime et les conditions étaient calculés pour exterminer systématiquement les prisonniers de guerre.
A l'entrée des prisonniers de guerre au camp, on leur enlevait chaussures et vêtements. On ne donnait presque pas de nourriture aux prisonniers de guerre. Rarement on leur donnait une soupe d'épluchures de pommes de terre ou on les nourrissaient avec des pommes de terre gelées, pourries. Les prisonniers de guerre tombaient d'inanition de faim. Les prisonniers n'ayant plus la force d'avancer, étaient obligés d'avancer sous les coups de bâtons, de fusils à répétitions pour se rendre au travail. La plupart d'entre eux, mouraient là, sous les coups reçus. En période d'hiver, les prisonniers de guerre, sous escorte, se rendaient au travail, sans vêtements et sans chaussures. Beaucoup allaient au travail pieds nus, dans la neige et gelaient en route et ces malheureux les Allemands les fusillaient.
Etant affamés, les prisonniers de guerre se jetaient sur les cadavres de leurs camarades, dépeçaient les cadavres, faisaient cuire la chair humaine et la mangeaient.
Un témoin, habitant de la ville de Rawa-Ruska, GOLUBENKO Piotr, fils de Ivan, qui s'est trouvé pendant 5 mois, dans ce camp, comme prisonnier de guerre, a fait savoir :
"Au camp de Rawa Ruska, où je me trouvais, les régimes et les conditions étaient affreusement pénibles. Les prisonniers de guerre étaient enfermés dans des baraquements, dont les Allemands, en hiver, laissaient spécialement les portes et les fenêtres ouvertes pendant toute la journée, afin que les gens, dans ces baraquements, meurent gelés. De la nourriture on ne nous en donnait presque pas, les prisonniers de guerre de faim, dépeçaient les cadavres des prisonniers de guerre, morts de faim, ils faisaient cuire et mangeaient cette chair humaine. Les officiers allemands voyaient tout cela et s'en gaussaient de rire.
Moi-même j'ai vu de mes yeux, cuire 12 cadavres de prisonniers de guerre. Les fusillades et les coups emportaient 150 à 200 hommes par jour. Les cadavres des prisonniers de guerre étaient enlevés sur des remorques de tracteurs dans la forêt de Wolkowice, où ils étaient jetés dans une fosse spécialement creusée par les prisonniers de guerre, eux-mêmes".
Les faits d'anthropophagie au camp des prisonniers de guerre sont confirmés par les témoins oculaires : STIAGOWA Paulina, fille de Ivan, domiciliée dans la ville de Rawa-Ruska, rue Mickiewicz N° 70 et LANGE Joseph, fils de Jacob, domicilié dans la ville de Rawa-Ruska, rue Fredo N° 23 et d'autres.
Quant aux tortures que les Allemands infligeaient aux prisonniers de guerre, de nombreux citoyens-témoins oculaires en ont fait part à la Commission. Par exemple :
KOCZAK Basile, fils de Stéphane, domicilié au village de ENICZA, district de MAGIERCW :
"J'ai travaillé au camp des prisonniers de guerre soviétiques du mois de décembre 1941 au mois d'avril 1942. Au cours de cette période, les Allemands ont exterminé par la faim, le froid et les fusillades près de 15 000 hommes, prisonniers de guerre.
Les cadavres des morts et des fusillés étaient emportés sur des remorques de tracteurs, dans la forêt de WOlkowice. Les prisonniers de guerre affamés et épuisés, quand on les ramenait sur le terrain du camp, se jetaient sur les tas de pommes de terre pourries et gelées, ce pourquoi les convoyeurs les fusillaient sur place.
J'ai vu faire sortir des prisonniers de guerre, entièrement nus, les ligoter à l'aide de ficelles, à un mur ou à un poteau et les tenir là, en hiver jusqu'à ce qu'ils meurent, gelés.
Le témoin ENYCZ Trophime, fils de Basile, du village de ENYCZA, district de Rawa-Ruska, a rapporté que :
"Pendant la période où j'ai travaillé au camp des prisonniers de guerre, j'ai vu exterminer, de façon bestiale les prisonniers de guerre. Parmi de nombreux cas, j'en citerai un : lorsque les prisonniers de guerre allaient manger et qu'ils arrivaient à un angle, ils recevaient brusquement un coup de planche sur la tête. De cette manière en un jour, on tuait plusieurs dizaines de prisonniers de guerre".
Il a été établi par la Commission qu'au camp des prisonniers de guerre, on entretenait les maladies épidémiques, dont 50 hommes au moins, mouraient chaque jour.
De cette manière on établissait un régime de conditions inhumaines, par les massacres, la faim et le froid, sur les 18 000 prisonniers de guerre, qui se trouvaient au camp, seuls 180 hommes, atteints du typhus, furent dirigés sur le camp de prisonniers de guerre de Lwow, quant aux autres, ils furent exterminés au camp de Rawa-Ruska.
Après l'extermination de tous ceux qui se trouvaient au camp de prisonniers de guerre, dans ces mêmes baraquements, au mois d'avril 1942, on plaça des prisonniers de guerre français, qu'on amena au nombre de 20 000 hommes. Les prisonniers de guerre français se trouvaient également dans de mauvaises conditions et mouraient souvent de faim et de froid. En fait foi le cimetière de la forêt de Wolkowice, où de nombreux prisonniers de guerre ont été inhumés (voir dossier d'inspection du cimetière).
Les envahisseurs fascistes allemands obligeaient les prisonniers de guerre français à un travail au-dessus de leurs forces, les faisaient mourir de faim, les tenaient dans des baraquements non chauffés et les punissaient pour la moindre infraction au règlement du camp.
Tout cela a été rapporté par le témoignage de deux prisonniers français : Emile LEGER et Georges LE FOUL, qui étaient détenus au camp de prisonniers de guerre de la ville de Rawa-Ruska, d'où par la suite, ils se sont évadés.
En 1944, à la suite de l'offensive de l'Armée Rouge, les envahisseurs allemands-fascistes ont évacué les prisonniers de guerre français du camp de Rawa-Ruska sur le camp de prisonniers de guerre français de CRACOVIE.
De cette manière, la Commission de District a établi que les envahisseurs allemands-fascistes, dans le district de Rawa-Ruska, au cours de l'occupation, ont exterminé :
a) Populations civiles : 17 500 personnes
b) Au camp de prisonniers de guerre (Stalag N° 325, Secteur Postal N° 08509) : 18 000 personnes
c) Déportés du District de Rawa-Ruska à "l'Usine de la mort", de la petite ville de Belzec : 6 000 personnes.
Au total, il a été exterminé : 41 500 personnes.
La Commission de District a établi que les coupables de tous les crimes décrits et qui doivent en porter les responsabilités, sont :
1. Le Kreishauptman : HAGER
2. Le Bourgmestre-Stadtkommisar : BIASKI
3. Le chef de la Gestapo et Commandant du ghetto, Oberscharführer : SPEIT
4. Le Chef de la Gendarmerie et Commandant de la ville de Rawa-Ruska : KLEIN
5. L'Obersturmführer SS. : MILDEBRAND
6. L'Obersturmführer SS. : WIELHAUS
7. L'Officier de la Gendarmerie : TRIGNER
8. L'Officier de la Gendarmerie, Adjudant : MAERT
9. L'Officier de la Gendarmerie : FREINTOCK
10. L'Obersturmführer SS. : GROMIKITA
11. Le Commandant du Camp de Kamionka-Lipnek Scharführer : GJIMYK
12. Le Commissaire aux Affaires Juives Allemandes : HOLZ
13. Le Commissaire aux Affaires Juives : STRUCHHOLZ
14. L'Obersturmführer SS. : ROKITA
15. Le Commandant de la Police Ukrainienne : OSIDACZ
16. Le Commandant du camp de Prisonniers de Guerre. Commandant : FISCHER
18. Le Commandant-Adjoint du camp de Prisonniers de Guerre. Commandant : BEM
19. Le Commandant du camp de Prisonniers de Guerre. Commandant : FLECKER
20. Le Chef de la Gestapo au camp des Prisonniers de Guerre : NOVARRO
21. Le Président du Tribunal de Police : BRAUER
22. Le Médecin du camp de Prisonniers de Guerre, Lieutenant : NAUMANN
En plus des personnages coupables et responsables de ces atrocités, vient en premier lieu, le criminel gouvernement allemand.
Acte établi en 5 exemplaires.
Le Président de la Commission : Signé : GAVRILENKO
Le Secrétaire de la Commission : Signé KOBOTA
Les Membres de la Commission : Signé : SOKOLIAN - Signé : MALYCHEW - Signé : STEPANOW
Le Représentant de l'Armée, Secteur Postal 18942 - Signé : KOUPRIACHKINE
Le Vice-Président de la Commission Régionale des Députés et Travailleurs de l'URSS. Sceau de la dite Commission - Signé : KOZYREW
Le Procureur Général du District de Lwow - Signé : KRYJANOWSKI
Le Président de la Commission Gouvernementale Extraordinaire - Signé : KOUZMINE
Le Professeur - Signé : STRAJENIK
Les Représentants de l'Eglise catholique-romaine - Curés - Signé : Grzegosz KADOULI - Signé : WINIARA.
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